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L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle, disait Saint Exupery.

Il disait encore « la grandeur de l'homme, c’est de se sentir responsable.

Être homme, c’est précisément être responsable.

C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.

Il faut exiger de chacun, ce que chacun peut donner (le petit prince).

Et le Talmud d’affirmer «  Bichvili Nivra Haolam », chacun doit se dire, « Pour MOI le monde a été créé ! »


Mes chers frères, mes chères sœurs,

Il est une Mitsva de la Tora peu connue et qui consistait à prélever un dixième du troupeau de petit bétail et l’offrir au temple de Jérusalem.

Pour sélectionner le bétail destiné aux offrandes, il y avait des instructions bien précises.

Il ne suffisait pas de choisir au hasard un animal parmi 10 autres, il y avait une procédure très particulière.

Les moutons devaient passer par une petite porte sous un bâton, sous la houlette. Le propriétaire comptait chaque mouton qui passait. Un, deux, trois, quatre,  Neuf, plus un ; alors seulement  il désignait le 10ème qui était consacré au temple.

Ainsi se réalisait le texte biblique du Lévitique 27,32, « Pour la Dîme, de tous les animaux qui passeront sous la houlette, le dixième sera consacré à l’Eternel ».

La question est évidente. Pourquoi la Tora  demande- elle de compter neuf moutons plus un ? Pourquoi ne demande-t-elle pas de choisir au hasard un mouton parmi dix autres? Le résultat aurait été pareil ?


Vraisemblablement, la Torah veut nous enseigner ici, une leçon fondamentale, une leçon essentielle.

Pour D-ieu, chacun compte. Ce n’est pas uniquement le 10ème mouton qui est nécessaire ; les neufs moutons qui le précèdent sont tout aussi indispensables.

En réalité, sans les neufs premiers, il n’y a pas de 10ème.

Il en est ainsi dans la vie.

Certes, il y a des hommes,  qui se distinguent au-dessus des autres. Ce sont les dirigeants, les chefs spirituels, les sages et les grands maîtres, les présidents et les grands mécènes,  tous ceux qui ont une grande influence sur leurs pairs et parfois sur toute une génération.

Il est tentant pour ceux qui ne font pas partis de  ce groupe de personnalités et de notables, mais qui constituent certainement la grande majorité de la population, de considérer qu’ils sont eux, relativement peu importants.

Non, dit l’Eternel.

Chaque individu est infiniment vital dans mon projet divin.

Chaque individu, oui chaque individu joue un rôle déterminant, capital dans Mon univers.

Vrai, peu d’entre nous accèdent à la notoriété, à la célébrité, à la gloire, mais à Mes Yeux, dit l’Eternel, tous les hommes, toutes les  femmes sont importants, tant que chacun s’efforce de donner le meilleur de lui-même.

A Roch Hachana, nous enseigne le texte du Talmud, tous les habitants de la terre passent devant D-ieu comme « Bné Maron », comme des moutons sous la houlette, ce qui fait référence nous dit le Talmud, à ces moutons qui sont choisi individuellement comme nous venons de l’expliquer au début de mon propos.

D-ieu compte chacun d’entre nous individuellement.

Il écoute nos prières séparément.

 Il évalue nos besoins individuellement.

Il nous inscrit pour une année de vie, individuellement.

En deux mots, l’Unique de l’univers, celui auquel seul nous pouvons attribuer le nombre 1, contemple chacun d’entre nous séparément, comme si chacun d’entre nous était son unique créature.

Bien qu’en cette période de notre calendrier religieux, qui a pour thème repentance et jugement, et qui devrait instiller en nous peur et crainte, cette pensée extraordinaire que D’, le Maître du monde observe chacun d’entre nous  individuellement, devrait générer en nous,  une joie intérieure, un sentiment de paix et de sérénité.

Après tout, nous avons aujourd’hui une audience personnelle avec le roi des rois.

Il est proche de nous, plus proche qu’à tout autre moment de l’année.

Qui plus que Lui, peut nous comprendre ; Hayotser Yahad Libom, Hamévin El Kol Maasséhem.

 « Il a formé leur cœur à tous, et il observe tout leurs actes », dit le psalmiste.

A ses yeux, aucun d’entre nous n’est ordinaire.

Chacun d’entre nous est spécial.

D-ieu aime chacun d’entre nous, et prend soin de chacun d’entre nous.

Quel message extraordinaire !

Quel message saisissant !

Quel message séduisant !

Quelle pensée réconfortante !

Il est source d’énergie. Il est une stimulation, il est une incitation, il est une sollicitation  pour l’élévation personnelle, pour se sublimer, pour prendre de la hauteur.

Non, nous ne sommes pas négligeables. Nous ne sommes pas insignifiants.

Ne nous déprécions pas ; ne dénigrons pas le potentiel qui est en nous, pour notre développement spirituel.

Ecoutons les fameux mots du Rabbi Israel Salanter, le Maître du Moussar, car ils sont édifiants :

« Si j’avais su que je pourrai devenir seulement ce que je suis aujourd’hui, et pas plus, je ne pourrai pas le supporter.

Mais si je n’avais pas fait tous les efforts pour être comme les plus grands  Maîtres, alors je ne serai jamais devenu ce que je suis aujourd’hui !

Quand il s’agit de notre Minyan, nous accueillons le 10ème homme avec satisfaction, certes, mais n’oublions pas que chacun des neufs autres est aussi indispensable, et sans lui le Minyan ne peut être !

Quand il s’agit de notre participation à l’œuvre communautaire, à l’avenir de notre communauté, à la destinée de notre communauté, nous avons besoin de chacun et de chacune d’entre vous.

Ne nous réfugions pas derrière les autres.



Rappelons-nous

« Pour MOI,

le monde a été créé ! »


Notre communauté se composent d’hommes et de femmes qui, chacun dans son domaine de compétence, peut si il le veut, si elle le veut changer les choses, améliorer les choses, participer à son niveau à quelque chose d’exaltant, de passionnant.

Nombreux sont ceux parmi vous chers amis qui oeuvraient dans les différentes associations qui font vivre la communauté,  et nous vous en remercions du plus profond de notre cœur.

Mais je lance (à mon tour) un appel aux autres, à tous ceux qui  pourraient tellement donner à la collectivité. 


Mes Chers amis,

Chacun d’entre-nous est en droit de s’interroger ; chacun d’entre-nous a le devoir de s’interroger sur l’avenir qu’ensemble nous préparons à nos enfants.

Et pour ceux qui se soucient de continuité, de continuité juive, et c’est là j’en suis certain, notre soucis à tous, n’avons nous  pas le devoir de leur transmettre le même judaïsme que nous avons reçu de nos parents et grands parents ?

Mais pour que nos descendants acceptent notre héritage religieux, notre moral et nos valeurs, il faut qu’ils sentent que nous y attachons vraiment du prix, et que nous ne nous contentons pas de les pousser en avant dans la génération suivante.

Mes chers amis,
Les fêtes de Roch Hachana et de Yom Kippour, incitent à la remise en question. Elles exhortent à la prise d’engagements sincères.
Elles encouragent à se projeter en avant vers ce qui élève, vers ce qui est grand, vers ce qui est noble, vers ce qui est constructif, vers ce qui transcende, vers ce qui est vrai.

Qu’il me soit permis de faire appel à votre sens du devoir, pour une implication plus conséquente de nos fidèles tout au long de l’année, pour une communauté encore plus active et plus dynamique, grâce à la participation accrue de chacun et de chacune d’entre-vous,  pour ce combat commun  que représente l’éducation des jeunes, la responsabilisation de la génération montante, la consolidation et l’engagement de tout un chacun dans la fierté de l’appartenance à un peuple qui a toujours su faire face aux défis de l’époque.

Faisons ensemble acte d’humilité ; revenons d’un cœur entier à nos valeurs ancestrales, réconcilions-nous avec D’ et avec nos pères et prions le ciel en disant, à l’instar du prophète : « Et toi, qui dans ta grande miséricorde, ne nous as pas abandonné, aie pitié de nous, car tu es un D’, grand et miséricordieux.

Puissions-nous entrevoir, combien l’accomplissement de notre devoir est seul à même, de nous permettre de vivre avec bonheur le judaïsme.

Puisse l’Eternel, en ce jour solennel de Yom Kippour, nous inscrire tous, nous, nos familles, notre communauté, notre ville, notre pays, et l’humanité toute entière, dans le livre de la vie, dans le livre de la paix, de la paix véritable et juste.

Puisse le Maître des destinées des hommes et des peuples, inspirer et guider les pas, de tous ceux qui cherchent sincèrement, l’avènement d’une ère de paix.

C’est avec cette prière qui est aussi un fervent espoir, que je vous souhaite à tous et à toutes, à vos familles et à vos enfants, 


Guemar Hatima Tova

  

Discours de Yom Kippour 5768

Rabbin Elie HAYOUN