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« J’ai fait un rêve »,

« J’ai fait un rêve » ! s’exclama Martin Luther King, dans un discours devenu célèbre prononcé à Washington, le 28 août 1963.

J’ai rêvé que mes 4 enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés par la couleur de leur peau mais par leur caractère.

C’était un rêve qu’il n’a jamais vu se réaliser, un  rêve qui n’est toujours pas accompli. Mais un homme qui rêve est un homme qui veut faire, et un homme qui veut agir est un homme qui créé la différence.

Nous juifs, nous avons aussi un rêve.

Un rêve que nous rêvons depuis 3500 ans. Et Roch Hachana c’est le jour où nous nous rappelons de ce rêve.

On pourrait penser qu’en ce jour de jugement ; où nous lisons qui vivra et qui mourra, qui par l’épée qui par le feu ; on pourrait penser que l’on prierait en ce jour pour le pardon, pour la santé, pour une année de vie ! Et pourtant si nous regardons la substance de nos prières, l’essentiel de nos prières, nous constatons que nous ne demandons aucune de ces choses.

Que demandons-nous à D-ieu ! Nous lui demandons de parfaire le monde.

Nous demandons pour l’unité et la paix entre les citoyens du monde.

Nous demandons pour l’harmonie.

Nous demandons pour la destruction du mal et la victoire de la justice.

En deux mots, nous demandons à D-ieu de faire régner les temps messianiques.

C’est là, la quintessence, de Roch Hachana, du jour de jugement.

Oui, mes chers amis, c’est précisément cela, l’essentiel de Roch Hachana.

Nous nous présentons devant un D-ieu d’amour ; notre père. Chaque père souhaite que son fils vive une longue vie, qu’il ait la santé, la prospérité. Ainsi comme un bon père, il nous offre une nouvelle année.

La vraie question est : sommes-nous réellement intéressés ?

L’année nous est offerte, mais qu’allons-nous faire de ce temps qui nous est accordé ?

Allons- nous vivre pour quelque chose de grand, d’élevé, ou allons-nous être uniquement concernés par notre prochain gadget !

Allons-nous nous complaire dans la médiocrité ou allons-nous aspirer à la grandeur ?

Roch Hachana est là pour élever notre vision et pour nous rappeler notre rêve.

Roch Hachana est là pour nous permettre de rêver.

De rêver des rêves de grandeur.

De rêver des rêves grandes réalisations que chacun d’entre nous peut si il le veut réaliser. Paix, amour, justice. La liste est immense, il n’y a qu’à choisir.

En rêvant à de grandes choses, nous nous rappelons que la vie compte, qu’elle est importante. Que c’est quelque chose de sérieux, la vie.

Nous ne rentrons pas dans une année de basses servitudes, de rétrogradation, de déliquescence,  bien au contraire, nous sommes à l’orée d’une année, durant laquelle nous pouvons accomplir, chacun d’entre nous de grandes choses !

En ce jour nous nous rappelons que nous voulons une nouvelle année, une nouvelle chance, une nouvelle opportunité pour essayer de  faire la différence.

Roch Hachana, c’est le jour pour poser toutes les questions importantes.

Pourquoi je vis ? Pourquoi j’existe ? Pourquoi D-ieu me donne-t-il encore une année ?

Car si nous savons pourquoi nous existons et que c’est effectivement pour quelque chose d’important, de sublime de noble, de riche, de constructif, de positif, de vrai, alors D-ieu nous accordera cette vie que nous sollicitons année après année.

Et si nous donnons effectivement un sens à cette vie que nous implorons, alors mes chers amis, quelle vie nous attend!

Une vie de contentement ; une vie de satisfaction ; une vie d’exaltation ; une vie de  fierté ; une vie de bien être.

Mais si nous choisissons de continuer à perdre notre temps et à nous égarer dans les méandres de la petitesse et de la banalité, c’est vrai, D-ieu nous donnera certainement encore une nouvelle année, encore un peu de temps pour continuer à vivoter, mais nous passerons alors à côté des choses fondamentales, des choses essentielles, des choses  vitales, des vrais valeurs.

En 1928,  20 ans avant l’Etablissement de l’état d’Israël, Edmond Fleg, écrivain et philosophe, écrivait un petit livre dédié à son petit fils qui n’était pas encore né. qu’il intitula « pourquoi je suis un juif ».

Dans l’introduction de son livre, Fleg écrit à son futur petit fils : « les gens me disent « tu es juif parce que tu es né juif ; tu ne voulais pas être juif, mais tu ne peux rien y changer.

Est-ce que cette réponse te suffira-t-elle, si à ton tour, bien que né juif, tu ne ressentais plus que tu étais juif !

Ce qui m’est arrivé peut t’arriver également à toi, mon enfant.

Si tu pense que l’étincelle de judaïsme qui est en toi s’est éteinte, prends garde et attend, car un jour elle sera rallumer.

C’est une veille histoire, qui se répète à chaque siècle.

Israël aurait pu mourir 1000 fois et 1000 fois Israël a revécu.

   Je veux te dire, mon cher petit fils, comment le Judaïsme et mort en moi et comment il a revécu, de tel sorte que si il meurt en toi tu pourras à ton tour, le faire revivre.

Qu’est ce qui a été déterminant dans le retour au judaïsme de notre auteur ?

Comment a-t-il retrouvé son peuple et ses racines ?

En quoi sa réflexion peut elle nous aider, pour notre propre cheminement ?

Ce soir, mes chers amis, nous opérons notre propre retour, notre propre Techouva. Techouva qui signifie en même temps retour et réponse.

Les deux sens sont étroitement liés. Car aujourd’hui c’est le jour où nous examinons notre existence ainsi que celle de l’ensemble du peuple juif.

Car si nous posons les vraies questions, nous entendrons les vraies réponses.

 En ce jour de Roch Hachana, entouré de ceux qui nous sont chers, notre famille, nos amis, notre communauté, nous-mêmes, interrogeons-nous :

« Que peut-on faire pour participer à l’avenir de notre judaïsme, de nos traditions, au futur de notre communauté, à l’avenir juif de  nos enfants, pour nos enfants ?

C’est maintenant le moment de considérer ce que signifie pour vous, pour chacun d’entre nous, d’être juif !

Ecoutons ensemble, les mots d’Edmond Fleg, lorsqu’il répondit à cette question.

Pourquoi je suis juif ?

Pour moi, qui ai si longtemps cherché la preuve de l'existence de D.ieu, je l'ai trouvée dans l'existence d'Israël.

Je suis juif, parce que né d’Israël, et l’ayant perdu, Je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi même.

Je suis juif, parce que né d’Israël, et l’ayant retrouvé, Je veux qu’il vive après moi, plus vivant qu’en moi même.

Je suis juif, parce que la foi d’Israël n’exige de mon esprit aucune abdication.

Je suis juif, parce que la foi d’Israël réclame de mon cœur toutes les abnégations.

Je suis juif, parce qu’en tous les lieux où pleure une souffrance, le juif pleure.

Je suis juif, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère.

Je suis juif, parce que la parole d’Israël est la plus ancienne et la plus nouvelle.

Je suis juif, parce que la promesse d'Israël est la promesse universelle.

Je suis juif, parce que, pour Israël, le monde n’est pas achevé, les hommes l’achèvent.

Je suis juif, parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas crée : Les hommes le créent.

Je suis juif, parce qu’au dessus des Nations et d’Israël, Israël place l’Homme et son Unité.

Je suis juif, parce qu’au dessus de l’Homme, image de la divine Unité, Israël place l’Unité divine et sa divinité.

Mes chers amis,

En qualité de grands parents, parents, jeunes adultes enfants, que nous soyons engagés et impliqués dans la communauté ou pas nous sommes tous juifs et fiers de l’être.

Comme l’auteur, nous  savons que notre destinée c’est de vivre et de survivre en tant que juif.

Nous sommes tous des juifs ordinaires qui essayons de donner un sens à notre identité juive ; le choix nous appartient.

L’appel, raisonne très fort ce soir.

Ecoutons attentivement cette question assourdissante, que nous pouvons entendre au plus profond de nous- mêmes ;

Est ce que je suis juif ! Es- tu juif !

Quelle sera notre réponse !

Puissent ces jours solennels de Roch Hachana, de Yom Kippour, être véritablement pour nous, les jours d’une remise en cause fondamentale.

Que cette analyse de nos actions passées soit pour chacun d’entre-nous facteur de progrès.

Puisse la sincérité de notre engagement plaider en notre faveur afin que nous soyons tous inscrits et scellés dans le livre de la vie et de la paix.

Qu'il me soit  encore permis, de vous demander de bien vouloir être mon interprète, auprès des membres de vos familles, qui pour par une raison ou une autre, du fait de l'âge, de la maladie ou qui pour une raison de force majeur ne serait ici ce soir et pendant nos deux jours de fête et leur souhaiter, en mon nom, à eux comme à vous tous chers amis Ketiva Vehatima Tova, une bonne et heureuse année.
  
Discours de Roch Hachana 5768

Rabbin Elie HAYOUN