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Histoire de
la Synagogue de Mulhouse
Avec
l'aimable autorisation de M. Michel ROTHE
Lien
vers le site du judaïsme
alsacien
Francis Weill
La Synagogue de Mulhouse est
devenue une dame respectable, puisqu'elle a eu l'honneur de passer
le cap d'un siècle et demi en 1999. Cette Beit haknesseth a récemment
commémoré son anniversaire dans un cadre de paix !
Un peu d'histoire
:
Avant de parler du
centenaire de 1949, il serait bon de revenir en arrière,
c'est à dire à la construction même de
la synagogue mulhousienne. Qui n'a pas été
frappé par les dimensions très imposantes de
l'édifice pour une ville qui , après tout , n'est
même pas le siège du Consistoire
israélite départemental ! La synagogue actuelle a
été construite cinquante ans après que
la République de Mulhouse, alliée de la
Confédération helvétique, fut
contrainte de demander son rattachement à la France
révolutionnaire en 1798. Pour nous, une des
conséquences les plus importantes de cette
réunion fut l'ouverture de la ville aux Juifs. La
République de Mulhouse leur avait interdit d'y
séjourner, ceci pendant de nombreux siècles ,
c'est-à-dire depuis l'époque
médiévale de la "peste noire" qui avait vue
l'expulsion des Juifs de l'Alsace. Alors que l'Alsace
s'était rouverte, tant bien que mal par la suite, aux Juifs
, Mulhouse fut le dernier lieu qui leur fut interdit depuis la
Réforme, même les catholiques étaient
interdits de séjour , mais ceci n'est pas notre objet.
Ainsi,
jusqu'à 1798, les Juifs se trouvaient contraints de
résider dans des villages à la
périphérie de la ville : Dornach (qui ne sera
rattaché à la ville qu'au début du
20ème siècle), Pfastatt, Rixheim, Habsheim,
Zillisheim, Steinbrunn le Haut. Le rattachement du territoire de
Mulhouse à la France va permettre à cette
population juive limitrophe de venir , dans un premier temps y traiter
des affaires : il n'y a plus de taxe corporelle à payer pour
chaque séjour - entre la levée du jour et le
coucher du soleil . Enfin, on entre librement dans la ville ! Mais au
fur et à mesure que les mois s'écoulent, nos
coreligionnaires vont quitter ces villages pour venir s'installer dans
la cité. Les anciennes limitations d'exercice de professions
qui étaient le lot des Juifs d'Alsace, avant la
Révolution, sont révolues. Nos ancêtres
qui n'avaient eu que le droit d'exercer des professions du commerce, en
fait ils étaient colporteurs, marchands de bestiaux ou
bouchers, vont profiter de la naissance de l'industrie textile
mulhousienne pour changer d'activités. Non seulement ils
vont s'établir dans l'artisanat, mais ils vont aussi pouvoir
s'impliquer dans le commerce et le négoce des
étoffes et des fournitures nécessaires
à la fabrication, la teinture ou l'impression des tissus.
Les négociants franchiront le pas et deviendront tisseurs.
C'est ainsi qu'on voit apparaître des tissages juifs, comme
ceux de Raphaël Dreyfus - le père du Capitaine
Alfred Dreyfus - de Corneille Bernheim, plus tard Wallach, mais aussi
des transformateurs textiles, c'est à dire achetant d'un
côté des tissus écrus pour, d'un autre
côté, les faire teindre ou imprimer. Le plus connu
sera Lazare Lantz, qui créera la Banque de Mulhouse,
ancêtre du Crédit Commercial de France. Ces Juifs,
qui viennent de faire fortune, vont être les notables
communautaires et aussi financer la construction de la synagogue. Ils
vont construire un bâtiment à la hauteur de leurs
ambitions et de leurs fortunes . Ils vont aussi démontrer
à leurs concitoyens chrétiens que leur religion a
autant de majesté et de dignité que la leur.
C'est le
développement industriel et économique de la
ville qui explique que la croissance démographique de la
communauté juive de Mulhouse. Elle va dépasser
très largement celle de Colmar : tant en importance
numérique qu'en assise financière . La
communauté colmarienne ne brillera jamais dans le secteur de
l'industrie, mais conservera le siège du consistoire qui
avait été initialement installé
à Wintzenheim..
C'est en 1848 que
la Communauté israélite de Mulhouse
décide de construire son lieu de culte majestueux que nous
connaissons. La Révolution sociale de 1848 vient
d'éclater à Paris, le roi Louis-Philippe est
obligé de s'enfuir de France. Mais cette
révolution parisienne va provoquer aussi des troubles en
province et l'Alsace n'est pas en reste ! L'antisémitisme
rural de l'Alsace va pouvoir se donner libre cours. Des troubles
antisémites éclatent en notre province et plus
particulièrement dans le Sundgau. Les faits les plus graves
se produiront à Durmenach. Il s'agit d'un
véritable pogrome. La population juive, qui
représentait près de 60 % des habitants de la
commune, va être attaquée par la populace. Cette
dernière arrachera les toitures des maisons juives, mettra
le feu à de nombreuses demeures, détruira les
biens de leurs concitoyens juifs. Avant l'arrivée de la
Garde Nationale envoyée sur les lieux pour
rétablir l'ordre, nos coreligionnaires prendront la fuite
afin de sauver leur existence même et nombreux sont ceux qui
trouveront refuge en Suisse. Un certain nombre renonceront à
revenir et s'établiront définitivement en terre
helvétique.
C'est donc dans
cette ambiance environnante, où plus d'un aurait pu avoir
des doutes sur l'avenir réservé au
judaïsme dans cette terre d'Alsace, que les responsables de la
Communauté feront acte de foi et d'optimisme en entreprenant
la construction de cette très importante maison de D.ieu. Un
an après les troubles , dont nous venons de parler, on
inaugurait la synagogue mulhousienne.
La
Communauté de Mulhouse, tout au long du 19ème
siècle, fera oeuvre de construction. Elle ne se confinera
pas seulement dans un lieu de prières, mais s'occupera de
ses coreligionnaires les moins favorisés. On verra
apparaître :
- L' "Ecole du Travail" dont la mission
était de donner une excellente formation professionnelle
à la jeunesse juive, essentiellement vers les
métiers de l'artisanat . Les jeunes garçons de
l'école seront accessoirement les choristes de la synagogue.
- Une maison de retraite, " l' Hospice de Pfastatt",
qui depuis est devenue la Résidence Hirschler.
- Une maison de vacances pour les enfants
défavorisés pour qu'ils puissent profiter d'un
bon air en dehors des fumées des cheminées
d'usines de la ville. Ce sera "l'Abri" dont la maison se trouvera
à Moosch.
- Un nouveau cimetière, pour remplacer celui
qui se trouvait initialement à l'emplacement du parc
Salvator.
Le premier bâtiment qui viendra s'adjoindre à la
synagogue sera construit pour loger les employés du culte :
secrétaire, shamash (bedeau), sho'heth
(boucher rituel), ministre-officiant. Une salle de
réunion servira aussi de salle de cours et d'oratoire.
Très longtemps la petite she'hita
(abattage) sera également réalisé dans
cet immeuble, pour répondre aux demandes individuelles des
familles.
Dans les
années 1930, un deuxième bâtiment sera
encore construit : pour y installer les services administratifs au
rez-de-chaussée, un oratoire au premier étage qui
servira en même temps de salle de réunions . Les
scouts auront leur local sous les combles. Le sous-sol quant
à lui sera réservé au mikveh
(bain rituel).
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