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Plus de bancs, plus
de bima (estrade), plus de tenture, plus de Torah,
plus de livres de prières. La synagogue était
vide, vide, vide. Les murs intérieurs avaient
été entièrement
barbouillés, car la synagogue avait
été une annexe du théâtre
municipal et elle avait servi à la réalisation et
au stockage des décors du théâtre. Il
ne restait plus que deux lustres originaux, les autres avaient
été transformés pour servir
à l'éclairage du théâtre.
Les deux bâtiments du complexe synagogal étaient
également vides, mais restés en état
d'utilisation normale. L'immeuble des années 1930
réserva une surprise. Dans l'oratoire, un grand portrait du
Führer recouvrait l'Aron Kodesh (l'Arche
sainte). Lorsqu'on enleva ce portrait et qu'on ouvrit l'armoire : un
rouleau de la Torah était toujours là. La mappa
qui la fermait était celle qui avait
été portée par mon frère
Gilbert ! En somme, Hitler avait sauvé une Torah, bien
involontairement. Ce fut donc avec ce rouleau de la Loi, et dans cet
oratoire, que reprirent les offices après la
libération de l'Alsace.
Une nouvelle commission administrative fut élue, avec pour
président Max Lazare, qui avait été le
Parness
(président) avant le déclenchement de la
deuxième
guerre mondiale. Le délégué
élu par la
communauté de Mulhouse pour être membre du
Consistoire du
Haut-Rhin, fut alors l'avocat Maître Edmond Cahen.
Le travail de reconstruction fut considérable. Il fallait commencer par établir des dossiers de demandes de dommages de guerre, évaluer tous les biens communautaires d'avant 1940, en apporter les témoignages de leur existence initiale, faire appuyer le dossier par le Consistoire, effectuer de nombreuses démarches auprès du maire Auguste Wicky, auprès de la Mairie, du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, le tout pour obtenir les fonds nécessaires à la remise en état de la synagogue. Les intérêts du Consistoire n'étaient pas toujours les mêmes que ceux de la Communauté, c'est dire qu'il fallait mener le combat sur plusieurs fronts à la fois. Devant le travail immenses de reconstruction, tant de la ville que du département, tant des infrastructures, que de l'économie, du dédommagement des particuliers victimes de la guerre, il fallait s'armer de patience car les dossiers n'avançaient pas. Un coup de pouce par si, un autre par là,l'influence de l'un ou de l'autre, tout devait être fait pour obtenir les subsides le plus rapidement possible. Des dédommagements pour réparer un édifice religieux devaient-il être prioritaires sur ceux pour l'économie ou pour les particuliers ? Les discussions et démarches étaient infinies afin d'obtenir des réparations avant d'autres . Or les membres de la Communauté, repartant presque tous à zéro à titre personnel, n'avaient pas les moyens de préfinancer les travaux de remise en état et encore moins de les offrir.
Une fois les fonds du M.R.U. affectés à la réparation de la synagogue, il fallait engager les travaux et là encore fallait-il trouver des entreprises ayant obtenu les matières premières nécessaires pour réaliser l'ouvrage. L'année 1949 approchait, la date du centenaire de la synagogue ne pouvait pas se déplacer dans le temps! Pourrait-on achever l'ouvrage pour cette date ? C'était moins qu'évident ! Le délai fut tenu. Sol refait dans un produit de synthèse de création récente, lustres remis à la forme initiale, chauffage refait, orgues remises à neuf - c'est à dire des tuyaux tous neufs , alors que le métal était chose très rare - repeinture en bleu ciel et blanc de tout l'intérieur, grâce à Jacques Picard qui en fut l'architecte, fabrication de nouveaux bancs, nouvelle bima. Pour réaliser un parokheth (rideau) se posait le problème de trouver des étoffes. Ce fut Monsieur Lévy (Stines) qui avait séjourné au Maroc durant la guerre qui offrit un tissu marocain de laine blanche, la broderie fut réalisée par la maison Félix Bloch de Strasbourg. Grâce au Joint Américain, la communauté avait pu obtenir quelques rouleaux de la Loi et des livres de prières.
De nombreux discours furent prononcés, le plus marquant fut celui du grand rabbin Kaplan. Il fit un parallèle entre le Tabernacle du désert et notre propre temple.
Un banquet , où furent conviés tous les invités de la communauté, acheva la partie religieuse de la fête. Il faut dire qu'au retour de la guerre la ville avait son restaurant kasher appartenant à Madame Bamberger. C'est elle qui en assura la surveillance. Un bal réunit ensuite tous les membres de la communauté et des communautés du département. Sa réalisation fut confiée aux dames de la société de bienfaisance de "l'Abri" afin de recueillirdes fonds pour remettre en état sa maison d'enfants de Moosch.
Il fallait aussi rappeler le souvenir des membres de la communauté victimes du nazisme. Puisqu'ils n'avaient pas eu de sépulture un monument fut érigé à leur mémoire à l'entrée du cimetière. Ce monument en grès des Vosges, reprenant les noms et âges de toutes nos victimes contient une urne avec des cendres prélevées à Auschwitz. Il est est l'oeuvre de l'architecte Thalmann, ancien de la communauté mulhousienne et devenu alors architecte départemental.
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